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Nous vivons, hélas ! Dans un monde où la notion de valeur matérielle prend une place énorme, pour ne pas dire exclusive. Avons-nous le droit de laisser grandir nos enfants dans l´ignorance de ce fait sans les préparer soigneusement pour le moment où eux-mêmes devront faire face à de tels problèmes et se trouveront aux prises avec cette puissance qui prétend tout régler ?

On disait autrefois que l´argent était la racine de tous les maux. De nos jours, on croit volontiers le contraire! La nécessité d´avoir de l´argent et d´en dépenser, la matérialité visible et séduisante des avantages qu´il procure apparaissent tous les jours plus clairement, à tel point que les rares personnes encore soucieuses d´équilibre et de justice s´efforcent de ne pas le mettre au premier rang de leurs soucis. Elles ont raison, car on se laisse aller facilement à en faire un mauvais usage ; de plus, on oublie que l´argent représente le travail qu´on a fait, la peine qu´on s´est donnée et on accepte qu´il soit le produit de la chance, de l´habileté peu scrupuleuse ou de l´art de saisir les occasions faciles d´en gagner.

Préserver les enfants de ces erreurs est évidemment nécessaire, mais y parviendra-t-on en écartant les problèmes que pose l´argent ? D´abord, il faut que l´enfant soit assez grand pour connaître tant soit peu l´usage de ces disques de métal ou de ces chétifs bouts de papier. Lorsqu´il aura constaté qu´en remettant de l´argent à un commerçant on reçoit en échange du sucre, du chocolat ou des oranges, quand il aura vu qu´on récompense avec de l´argent une personne qui a terminé son travail, il sera prêt à procéder lui-même à de semblables applications du principe découvert. On peut admettre qu´en moyenne cette notion s´acquiert entre quatre et cinq ans.

Il faut encore procéder progressivement, c´est-à-dire en ne confiant tout d´abord que des pièces-et non des billets-d´une manière infime et en augmentant peu à peu, suivant l´usage qu´en fait l´enfant.

Il doit être convenu d´autre part que le petit bénéficiaire usera de son argent en toute liberté, même contre l´avis (je ne dis pas la défense, de ses parents, mais qu´il devra toujours rendre compte de ses dépenses. C´est une excellente habitude à lui inculquer ; c´est aussi une façon de lui apprendre à tenir ses comptes dès qu´il sait écrire un peu et faire au moins les additions et les soustractions. Trop bridé dans l´emploi de ses fonds, l´enfant ne ferait pas les expériences plus spécialement les sottises-par lesquelles il apprendra à juger de mieux en mieux la valeur réelle des objets qu´il souhaite posséder. Laissé sans contrôle, il apprendrait à n´obéir qu´à son caprice.

Je considère comme des enfants martyrs ceux auxquels on n´apprend pas à faire un bon usage de l´argent dont ils disposent. Je constate que les enfants choyés, gâtés, dont la plupart des désirs-et même des exigences-sont satisfaits, ne sont pas heureux. Leurs plaisirs sont nombreux, mais de courte durée. Et quand ils en ont eu un, ils sont bien embarrassés pour imaginer le suivant. C´est ce qui les incite à faire des sottises.
A l´occasion des dépenses faites par l´enfant, que de leçons profitables on pourrait donner ! Des leçons d´économie, bien sûr, d´hygiène alimentaire, à propos de bonbons achetés… et mangés égoïstement ! Des leçons d´entraide à l´occasion d´un prélèvement suggéré en faveur d´un malheureux ; des leçons d´activité fructueuse lorsque l´argent dont l´enfant dispose provient de la récompense convenue pour son travail.

Ici, pourtant, prenons garde : il ne faut pas que l´enfant pense que tout travail qu´il exécute, tout service qu´il rend doit nécessairement être récompensé par de l´argent. Si l´on s´apercevait qu´il en prend l´habitude, on pourrait lui tenir ce raisonnement suivant : « Ecoute, je veux bien te payer pour cette commission ou pour avoir fait briller le parquet ou apporté les pommes de terre. Je veux même te payer pour que tu ailles au lit à l´heure le soir, mais il faudra, inversement, que tu me paies lorsque je prépare ton repas et que je raccommode tes chaussettes, que je chauffe ta chambre, te lave et t´aide à faire tes problèmes. Nous ferons les comptes et nous verrons lequel de nous doit davantage à l´autre. » L´enfant découvrira bientôt qu´il est en train de faire faillite. Dites-lui alors : « Le meilleur service, c´est celui qu´on rend sans espoir de récompense. Fais-le donc simplement parce que tu aimes ceux que tu aides. Nous te payons quelquefois parce que nous désirons t´apprendre à manier l´argent, à l´économiser, à le dépenser sagement, à faire des plans pour son usage, mais nous ne pouvons pas mesurer par l´argent tous les services que nous rendons. L´amour vaut bien davantage.»

© Maurice Tièche

(1936 - 2006)
70 ans d´histoire

 

 

 

L´argent de poche ( par Maurice Tièche )L´argent de poche ( par Maurice Tièche )
Tag(s) : #Education familiale

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