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Mes doigts ne sont plus que l’ombre d’une rue
Mon père n’a jamais été qu’un rire et une goutte de trop
La lune viendra…
Je la ramasserai comme ces étoiles dans la boue

Hier, dans l’indifférence de la nuit
J’ai plongé mes dents jaunies dans un croissant essoufflé
Hier, dans l’indifférence de leurs cris
J’ai dessiné quelques brins de ma vie sur un morceau d’aspérule

A califourchon sur le dos d’un nuage ivre de vitriol
A deux centimètres de l’asphalte de mes nuits
A un tesson de rosée près J’existais

Mes doigts ne sont plus que l’ombre d’une rue
Vide et désespérée
La lune viendra…
Je ne l’embrasserai pas

Mille et une sébiles qui caressent l’absurde
une ou deux queux de poisson-scie boucanés
Tout près d’elles, j’y ai soufflé mes rêves d’enfant
Tout près d’elles, le vent y a déposé une larme d’antan

Virer du noir à l’obscur
A égale distance entre mon cœur fêlé et ce vertige tellurique
Voltiger puis tomber à même l’âpre lendemain
A égale souffrance entre la pièce qui tombe et cet écho d’ignorance

Mes doigts ne sont plus que l’ombre d’une rue
Vide et désespérée
La lune viendra…
La lune viendra…

© Serge Roge

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Il était une larme atrophiée et endolorie

qui rêvait de s’affaler sur une page et se faire mots

« Je suis aussi sombre que l’espoir»

Nous fermions nos cœurs et attendions l’automne et des tubes d’analgésiques
La larme voltigea longtemps Attendant une feuille qui tomberait
Ou peut-être une écorce de chêne
La larme flâna longtemps
Puis se contenta d’un cadavre de mésange charbonnière
Nous nous blottîmes sous une plume noire et défraîchie

« A trop vouloir se faire mots, on ne conserve que ses maux »

La larme était sage mais triste
Et il faisait chaud sous le duvet du sombre abri
Elle posa un doigt sur sa poitrine pour s’assurer que son cœur battait toujours
Elle y apprit une plaie fine qui battait la vie mais chuchotait la mort

La plaie sur son cœur enviait l’oiseau et l’absence
Eux, ils ne connaîtront presque jamais la tendresse de l’hiver
La larme, elle, avait le regard de son temps
Tabac, opium, guitare, muses, tristes ponctuations et pages vides

Espérant ne plus jamais les rouvrir
Elle ferma les yeux…

© Serge Roger, "Contes rendus", Dans une chambre solitaire (Inédit)

Serge Roger, écrivain ivoirien, bientot 27 ans, poète et nouvelliste, également jeune chercheur universitaire. Inclinations esthétiques : le laid, les bas-fonds de l'âme humaine, la portée philosophique de la mort, passioné de la philosophie de l'art et de l'identité, demi-finaliste du prix du Jeune Ecrivain Francophone 2011. Invité au récent festival de poésie de Berlin en Juin 2014.

Serge Roger, écrivain ivoirien, bientot 27 ans, poète et nouvelliste, également jeune chercheur universitaire. Inclinations esthétiques : le laid, les bas-fonds de l'âme humaine, la portée philosophique de la mort, passioné de la philosophie de l'art et de l'identité, demi-finaliste du prix du Jeune Ecrivain Francophone 2011. Invité au récent festival de poésie de Berlin en Juin 2014.

Tag(s) : #Poésie

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