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La poésie d'André Orphal invoque les symboles jusqu'à la fusion, convoque les silhouettes archaïques, fait danser les villes sur les morsures de l'absence, retient les cendres fulgurantes des sanglots. Elle nous parle aussi de cette voix douce, grave ou légère, qui console dans les matins trop froids. "Devant la statue de Charles Baudelaire" est la pierre angulaire de ce recueil, sa clef, son foyer : ni tribut naïf, ni revendication vaine d'un héritage, ce poème angulaire est la signature d'André Orphal, celle d'un poète du vingt-et-unième siècle, dont la tâche est colossalement plus rude que celle de ses pères pour extraire de la gangrène du monde une raison d'espérer. Non pas que la vie ici soit plus terrible. Mais il n'y a plus de réponses : elles ont toutes été données, et l'Histoire est connue. Nombreuses sont les pièces d' "Une bouche pleine de pétales" dans lesquelles les interrogations montent comme des larmes solitaires que rien ne peut contenir, qui, comme des atomes lancés pour l'éternité, ne verront leur course stoppée par rien. Baudelaire, le frère. Mais aussi Mallarmé dans l'attention folle à l'éclat invisible au commun, Apollinaire dans le chant tôt détaché du fourmillement urbain, Verlaine pour le déhanchement subtil dans le désespoir. Qui est cette Merveilleuse ? Femme aimée, nymphe des roseaux, amante absente, adolescente en quête... Le poète se fait tour à tour amant, peintre, dévot, père ; badin, inspiré, extatique, inquiet. Son cœur est de mille feuilles dont l'entrelacement potentialise les sentiments au fil des superpositions de ces figures féminines. Alors seulement la nature est convoquée, réelle ou mythique. Dans la richesse apaisante de son verbe, elle vient doubler la voix du poète, lui offrir le creux sonore où s'élancer de nouveau. Des autres humains, il n'y a rien à attendre. Reste la tentation de l'amour, dont les siècles, les troubadours et l'expérience commandent de se méfier. Dévorant sa propre finitude comme Chronos ses enfants, le poète se consume sans retour, bercé par le délice fatal de vénérer ses illusions plus que sa propre vie.

© Emmanuelle Sordet

A droite le poète André Orphal : auteur d´Une bouche pleine de pétales paru à Paris en janvier 2014.A droite le poète André Orphal : auteur d´Une bouche pleine de pétales paru à Paris en janvier 2014.

A droite le poète André Orphal : auteur d´Une bouche pleine de pétales paru à Paris en janvier 2014.

Tag(s) : #Littérature

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